vendredi 26 décembre 2008

Bonne fête Québec, pour la dernière fois en 2008 !‏

Il y eut l’éphémère : Charles le français, Paul l’anglais et Céline, la canadienne ou la québécoise, c’est selon, le moulin et le « Woodstock en Québec » d’un 31 décembre à l’autre. Il y a le permanent : la fontaine, la promenade, le bassin, l’agora, la baie et quelques œuvres d’art. Il y aurait pu aussi y avoir le palais. En arrière-plan, les millions conditionnels d’un Canada en quête d’une nouvelle histoire nationale, un site Web « canadian », parallèle au site officiel, rappelant que « la langue française est la langue fondatrice du Canada » et que la « fondation de Québec marque aussi la fondation de l'état canadien »! Une Ville de Québec, capitale nationale faut-il le rappeler, qui n’a pas eu le courage d’arborer ses couleurs : le bleu, le blanc et l’or, à tel point qu’un Sir Paul s’est trompé de drapeau pour souligner la fête. Un moulin aux images dont l’histoire de la ville s’arrêtait brusquement avec la révolution tranquille : curieusement les années 1976, 1980 et la secousse sismique qui ébranla la mosaïque canadienne en 1995 ont été effacées de notre mémoire. Mais qu’avons nous commémoré en cette année 2008 aux couleurs fuchsia, fleur d’arbrisseaux d’Amérique latine et de Nouvelle-Zélande qui ne supportent pas les gelées? De quoi nous souviendrons-nous? Qu’auront appris les nouveaux arrivants sur l’histoire de la capitale de la Nation dont ils font maintenant partie? Après 365 jours festifs, qui, parmi les politiciens québécois, dans les deux sens du mot, peut encore sincèrement se regarder dans un miroir et être convaincu d’avoir contribué à la promotion des sempiternels intérêts supérieurs du Québec? Ont-ils oublié que ces intérêts reposent sur ce que nous avons été, sur ce que nous sommes et sur ce que nous deviendrons : notre identité?

Contexte : Fin des célébrations du 400e anniversaire de la Ville de Québec
Opinion expédiée et non publiée dans le journal Le Soleil de Québec.

mercredi 5 novembre 2008

Quand on le veut, on peut!‏

Le 4 novembre 2008, les Américains ont démontré à l’ensemble des nations du monde la justesse de cet adage. Plusieurs milliers d’entre eux ont scandé devant la Maison Blanche « Yes, we did ! » pendant que George W. Bush suivait les résultats des présidentielles à la télé. Imaginez la scène. Et nous Québécois, quand aurons-nous la volonté d’agir afin d’assurer notre avenir et la fierté de nous regrouper devant l’édifice de l’Assemblée nationale pour y crier, haut et fort, le soir d’un référendum gagnant : « Oui, nous l’avons fait! » J'avoue que je serai alors tout aussi ému que pouvait l’être hier, à Chicago, le révérend Jesse Jackson dans la foule venue acclamer Barack Obama.

Contexte : Élection de Barack Obama
Opinion publiée dans le journal Le Soleil de Québec.

mercredi 24 septembre 2008

Pour que demain se souvienne‏

Les autorités de la ville de Québec s'apprêtent à insérer dans le socle du monument Champlain une caissette contenant des documents illustrant le caractère de la Capitale nationale du Québec en 2008. Ces documents sont destinés à nos futurs concitoyens de 2108. Parmi les documents, on retrouverait une copie du site WEB de la ville ainsi qu'une copie du magnifique film Infiniment Québec de Jean-Claude Labrecque, tous deux sur support DVD. Dans 100 ans, il y a fort à parier que la technologie de lecture de ces supports d'aujourd'hui ne sera plus disponible. Il faudrait peut-être prévoir un support analogique fiable afin qu'une partie de la mémoire léguée dans cette caissette ne se transforme en pièce archéologique non significative.

Contexte : Restauration du monument Champlain
Opinion expédiée et non publiée dans le journal Le Soleil de Québec

lundi 18 août 2008

Retour sur un détournement de message

L’historien de formation que je suis est conscient de l’importance du retour aux sources afin d’interpréter ou de commenter un événement. Les documents, les archives, informations fixées sur des supports, en sont des témoins tangibles.

Le message de bienvenue de l’artiste Luc Archambault adressé à Sir Paul McCartney, diffusé via Internet le 15 juillet 2008, édité, imprimé en 3000 exemplaires et exposé sous forme d’affiche 2 jours plus tard, est devenu, bien malgré lui, un document important dans l’histoire des Fêtes du 400e et dans celle de la ville de Québec. Il est en soi document historique et on commence à peine à prendre la mesure de la dérive médiatique qui nous a toutes et tous tétanisé. Une humble action citoyenne, initiée par un artiste québécois appuyée par 27 cosignataires, s’adressant très respectueusement à un grand artiste britannique en lui souhaitant la plus cordiale des bienvenues pour « célébrer à Québec, le 20 juillet 2008, le 400e anniversaire de Fondation de la Ville de Québec par Samuel de Champlain », a été transformée contre toute attente en « mouvement d’opposition ».

Qu’en était-il du message ? Ce texte long, trop long dans cet univers de l’immédiateté qui est le nôtre, rédigé dans une langue française exemplaire, références bibliographiques à l’appui, n’a toujours pas été publié par les médias qui auraient dû le faire selon les critères journalistiques de l’équilibre nécessaire dans la présentation de la nouvelle.

Luc Archambault y invoque d’abord la « classe à part » des Beatles qui ont « marqué et transfiguré le 20e siècle partout en Occident », y compris au Québec. Ensuite, il tente de sensibiliser Paul McCartney au contexte de sa visite à Québec, capitale nationale « du Québec français, des Québécois, toutes origines confondues ». Il rappelle quelques faits historiques non contestables : l’épisode de la conquête de la Nouvelle-France par les Britanniques en 1759, son abandon par la France en 1763, la « répression sanglante de la Rébellion des Patriotes » en 1837-1838, la « non-reconnaissance du peuple souverain du Québec » dans l’Acte qui fonde l’État du Canada, la volonté de près de la moitié des Québécois [qui] ont voté « en faveur d’un État du Québec souverain » lors du référendum de 1995.

Il attire l’attention de l’idole, sur le fait qu’en 2008, l’État canadien, fondé en 1867, « vient de vieillir de 259 ans par la voix de son premier ministre qui prétend officiellement – de manière absurde – qu’il a été fondé en 1608 par Samuel de Champlain » et que « selon les organisateurs du 400e [Paul McCartney a été invité] pour faire de la place aux deux peuples fondateurs, la France et le Royaume-Uni. Ces deux peuples sont fondateurs… de quoi ? Certainement pas de la ville de Québec ».

Soit dit en passant, Parcs Canada – Redoute du Cap Diamant de la Citadelle de Québec, fait une nette distinction entre les gouverneurs de la Nouvelle-France (1608-1763), ceux de l’Amérique britannique (1763-1867) et ceux du Canada (de 1867 à nos jours). De plus, la Société du 400e affirme, avec la publication d’une pièce commémorative, que Champlain est le « fondateur de la Nouvelle-France qui deviendra plus tard la ville de Québec » !!!

Le texte se poursuit sur un questionnement portant sur la musique, en tant que « langage universel » et sur la langue des paroles qui s’y rattachent, en l’occurrence « anglaises, et de langue anglaise », Luc Archambault attire l’attention de l’artiste britannique sur la fragilité de la langue française au Québec, entre autres dans le domaine de la chanson. Seuls « des quotas radiophoniques […] nous ont permis de résister à l’assaut de la musique anglo-saxonne depuis les 30 dernières années », affirme-t-il. Sans ces quotas, notre musique québécoise « n’aurait jamais pu survivre, prospérer, devenir ce qu’elle est devenue, de la Bolduc à Céline Dion… »

Luc Archambault souligne aussi le peu de place accordée, jusqu’à maintenant, dans les festivités du 400e à « nos grands de la chanson engagée du Québec », les Leclerc, Vigneault et Charlebois.

Le texte se termine sur un rêve de l’auteur : l’intégration utopique par Paul McCartney du célèbre Les gens de mon pays, comme un « bref clin d’œil au fait français de nos célébrations ». Et il ajoute : « Peut-être pourriez-vous trouver quelque chose qui nous permette de comprendre que vous ne viendrez pas ici participer à la célébration canadienne de la conquête musicale anglo-saxonne, langage universel devenu, mais bien comme un invité de marque, sensible à nos préoccupations et au combat qui sont les nôtres, à savoir : exister, dans le concert des nations. […] Cela, pour que ne disparaisse pas avec nous une partie de la diversité culturelle de l’humanité ».

Enfin, à deux reprises, Luc Archambault souhaite encore « la bienvenue à un invité manifestement sensible à la difficulté d’être qui est la nôtre » et « à la difficulté de défendre démocratiquement » des principes légitimes.

Et l’auteur de signer « En tout respect, Luc Archambault, Peintre, sculpteur, performeur, céramiste et citoyen québécois, d’origine française ».

Ce mot de bienvenue est aussi accompagné d’un bouquet de fleurs : quoi de mieux pour souhaiter la bienvenue à un visiteur estimé que de lui offrir un bouquet des 400 plus belles fleurs de lys qui ornent les édifices et le mobilier urbain de la vieille ville de Québec, un des secrets les mieux gardés de la capitale !

Après avoir vu la facture du concert de Paul McCartney, le message aurait-il touché l’ex-Beatle à tel point qu’il n’aura pas fait côtoyer le drapeau britannique avec celui du Québec comme il l’avait fait à Kiev avec le drapeau national d’Ukraine ? Poser la question, c’est y répondre. D’ailleurs, comment se fait-il que la photo de cette scène n’a, à notre connaissance, toujours pas été publiée par aucun média ?

Bien sûr, ce texte est engagé, mais il est résolument non-partisan. Il est accueillant, respectueux, ouvert sur le monde, on ne peut en avoir honte et il ne fait honte à personne. Il aurait mérité d’être publié intégralement dans les médias pour éviter de lui faire dire ce qu’il ne disait pas. Personnellement, je n’aurais jamais accepté de lui associer une miniature de la fresque des 400 fleurs de lys que j’avais conçue pour souligner le 400e anniversaire de la fondation de Québec ni d’éditer l’affiche qui pérennise ce message d’accueil d’un artiste connu de la région de Québec s’il n’en avait été ainsi.

Cette affiche est un document d’histoire. Un exemplaire du tirage limité de celle-ci signée et dédicacée de la main des auteurs du texte et de la fresque qui n’a pu être remise à Paul McCartney, devrait, me semble-t-il, être conservé en permanence dans es archives de la ville de Québec afin d’effacer à jamais les traces du détournement de message dont nous avons tous été victimes, dont son auteur, lui plus que les autres, par les insultes dont on l’a abreuvé inconsidérément et à tort. Cela, parce qu’on n’a pas pris la peine de vérifier ses sources journalistiques à la base de cette dérive médiatique sans précédent.

Cela, afin que tous les Québécois puissent dire « Je me souviens ». Je me souviens que trop peu de gens, médusés par la tornade médiatique, ont posé un geste pour contrer ce formidable et inconsidéré emportement médiatique et politique qui a eu des répercussions partout dans le monde. Pour qu’on se souvienne que nous n’avons pas su réagir à temps afin que cet incroyable unanimisme ne survienne pas. Pour que toutes et tous puissent se souvenir qu’un jour nous nous sommes collectivement engagés à tout faire pour que cela ne survienne plus jamais. Cela commence par faire le bilan qui s’impose, j’y contribue ici, me semble-t-il. En juillet 2008, la liberté d’expression a été bafouée... Le temps est venu de la restaurer pleinement.

Contexte : Pseudo controverse sur la venue à Québec de Paul McCartney
Opinion publiée sur Vigile.net

lundi 11 août 2008

Nos géants à nous

Après avoir vu défiler la soixantaine de géants d'ici et d'Europe sur la Grande-Allée, une idée m'est venue. Pourquoi ne pas inciter les villes et les regroupements de villages du Québec à se doter de géants régionaux qui les représentent bien et à les intégrer dans leurs fêtes locales? Le seigneur de Montmagny, le géant Beaupré, Alexis le trotteur, le marquis de Vaudreuil, le Chevalier de Lévis, le grand chef Donnacona, le Sieur de Laviolette, Laure Conan... Les Fêtes de la Nouvelle-France pourraient aussi compter sur plus d'une centaine de géants québécois et tenir, chaque année, le plus grand rassemblement de géants en Amérique.

 
Contexte : Défilé 2008 des géants - Fêtes de la Nouvelle-France
Opinion publiée dans le journal Le Soleil de Québec

mardi 22 juillet 2008

Enfin les couleurs de la Fête‏

202 jours après le début des festivités, les vraies couleurs de la Fête de Québec 1608-2008, le bleu et le blanc, ont été pour la première fois arborées dans une activité officielle de la Société du 400e. Et c'est Sir Paul McCartney, un Britannique sympathique, sensibilisé et désormais sensible au fait français au Québec qui est venu redonner tout son sens aux festivités, sous les ovations de la foule des 250 000 spectateurs auxquels il s'est très largement adressé dans leur langue commune. Il s'agit d'une bonne leçon pour les organisateurs frileux du 400e qui ont, pour les dépolitiser, aseptisé subtilement l'ensemble des manifestations censées célébrer l'histoire de la Capitale nationale du Québec. Merci Sir Paul pour avoir brillamment démontré qu’ils ont eu tort. Après tout, les couleurs du Québec ne sont-elles pas la fierté de tous les Québécois, quelles que soient leurs origines lointaines ou récentes et leurs appartenances politiques.

Contexte : Pseudo controverse sur la venue de Paul McCartney à Québec
Opinion publiée dans la version électronique du journal Le Soleil de Québec.

vendredi 25 avril 2008

Une porte majestueuse sur les Plaines

Reconstruire le Manège militaire? Pourquoi ne pas doter le centre touristique de Québec d'une porte majestueuse sur les Plaines. Récupérer et solidifier les éléments de la façade qui sont récupérables. Recréer le volume de l'édifice original en construisant un bâtiment de verre illuminé en soirée. Reproduire, par sérigraphie sur verre, les éléments détruits. Entre les tourelles centrales, aménager un espace libre donnant accès aux Plaines.

Derrière l'édifice: un jardin, des arbres, une fontaine, des œuvres d'art, un kiosque à musique, un casse-croute, des tables et des chaises comme dans le Bryant Park, derrière la bibliothèque municipale de New York. Au rez-de-chaussée, de part et d'autre de ce passage, aménager un centre de la rencontre de la Francophonie en Amérique permettant aux touristes et aux nouveaux arrivants d'apprivoiser le passé et le présent économique, social et culturel québécois.

Un centre de recherches généalogiques québéco-américaines pourrait aussi y être installé. À l'étage, un magnifique restaurant avec terrasse, administré par Le Parlementaire (restaurant de l'Assemblée nationale) mettant en vedette les produits du terroir, avec vue imprenable sur les Plaines et la colline parlementaire. Un projet moderne et respectueux du passé. Un espace public susceptible d'attirer autant que la fontaine de Tourny.

Contexte : Projet de reconstruction du Manège militaire de Québec
Opinion publiée dans version électronique du journal Le Soleil de Québec

mardi 8 avril 2008

Triste imprévoyance

C'est toujours le lendemain d'un sinistre qu'on regrette de ne pas avoir protégé les richesses documentaires dont on a la garde. Le cas du Musée des Voltigeurs de Québec en est un autre triste exemple. Les partitions musicales perdues à jamais et les autres documents détruits auraient pu être sauvés s'ils avaient été numérisés, voire microfilmés. Si on a les moyens de reconstruire cet édifice patrimonial de Québec, on avait certainement ceux d'être prévoyants. Une autre démonstration des risques encourus par la conservation de notre mémoire collective fragile dans des locaux aussi peu sécuritaires.

Contexte : Incendie du Manège militaire de Québec
Opinion publiée dans le journal Le Soleil de Québec

dimanche 16 mars 2008

Fier d'être colon

Oui, je suis fier d'être colon, descendant d'immigrés français originaires de Saint-Germain-le-Vasson, du diocèse de Bayeux (Normandie), venus s'établir en Nouvelle-France, au XVIIe siècle, à l'Île d'Orléans, encore debout pour résister aux héritiers du conquérant de 1759-1760. Fier de mes origines. Fier du symbole qui nous distingue en cette terre d'Amérique : la fleur de lys, symbole qui a été évacué de la fête, mais toujours omniprésent dans les rues de la Capitale, comme l'avait rêvé Champlain en 1613. Fier, mais pas assez con pour ne pas dénoncer le "Nation Building canadian" qui s'approprie les sources de mon identité pour légitimer son existence.

Contexte : Déclaration du maire de Québec traitant de colons ceux et celles qui réagissent sur la place laissée à la Gouverneure générale du Canada lors du lancement des fêtes de Quyébec à La Rochelle
Opinion publiée dans la version électronique du journal Le Soleil de Québec

samedi 8 mars 2008

Conservateur et pleutre, par surcroît

Comment avoir de la considération pour une certaine classe politique qui n'a pas de classe? Deux exemples. Noyer dans un texte législatif fleuve, comme l'a fait la députée conservatrice de Louis-Saint-Laurent, madame Jasée Verner, une courte phrase dont l'interprétation ouvre grande la porte à la censure équivaut à inclure une clause restrictive en caractères minuscules au bas d'une garantie! Utiliser le logo du Bloc québécois, comme vient de le faire le député conservateur de Louis-Hébert, monsieur Luc Harvey, dans un document de propagande anonyme, sans mention du nom ni du logo du parti politique auquel il appartient, c'est comme si une obscure roulotte à patates faisait sa publicité en utilisant le grand « M » de McDo! Quand on a le courage de ses opinions, on les affiche et on les défend. Sinon, on est hypocrite et de mauvaise foi, laissant les citoyens en droit de se demander : « Mais que peuvent donc bien cacher ces sourires sur certaines photos officielles? »

Contexte : feuillet publicitaire du parti Conservateur
Opinion envoyée au journal Le Soleil de Québec et non publiée

dimanche 10 février 2008

Les dommages collatéraux d'une fusion

À l'occasion du lancement du superbe ouvrage de Vaugeois/Litalien/Palomino, La mesure d'un continent, le majestueux paquebot de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) a fait escale dans la Capitale nationale. Le trajet à l'aller s'est effectué sur une mer d'huile.

Sur le chemin du retour, deux malencontreux croisiéristes insatisfaits dans leurs petites chaloupes à rame, les historiens « à compétence minimale » Mathieu et Deschênes ont osé, tour à tour, interpeler le capitaine maître à bord après Dieu. Une tempête s'ensuivit, transformant la magnifique cathédrale des mers à coque de verre fragilisée depuis ses débuts en un navire amiral pourfendant les eaux tumultueuses du Saint-Laurent, tous canons armés.

Le cuirassé arrimé à son port d'attache, à Montréal, où logent officiellement ses officiers depuis 2004, la réaction fut cinglante. La colère rendant souvent aveugle, le ton a monté et les réponses données sont aussi étonnantes qu'inattendues aux oreilles du client praticien du métier que je suis et ex-moussaillon pendant 7 ans de l'ex-grand voilier Archives nationales du Québec (ANQ).

Comme observateur sur les quais, cette polémique qui permet à chacun d'illustrer la richesse de notre langue commune, cache un malaise plus grand. La pointe d'un iceberg : résultat de la fusion (de la dilution serait l'expression plus juste) de l'institution que sont les Archives d'une nation dans l'océan d'un patrimoine documentaire global et universel, démocratiquement accessible, contribuant à l'épanouissement des citoyens!

En tant qu'historien de formation et surtout de spécialiste de la gestion documentaire, j'ai décidé de consulter les archives électroniques de la timonerie pour appuyer mes affirmations qui ne sont ni hargneuses, ni grossières.

Réglons d'abord la question du déplacement de la direction des ANQ vers Montréal : avant la fusion, le conservateur en chef et le conservateur-adjoint responsable de « l'action régionale » avaient leurs bureaux permanents à Québec, dans l'édifice de la Maison des Archives (hé oui, c'est ainsi qu'on l'appelait à l'époque). Aujourd'hui, quand les titulaires de ces postes demeurent à Montréal et ne sont à Québec que quelques jours par semaine, on conviendra qu'il est difficile de ne pas réagir à l'affirmation que « la direction des Archives nationales n'a pas bougé de Québec».

Que la mission du Centre d'archives de Québec, nommé simplement comme centre « régional » dans le site WEB de la société d'état, ait été renforcée en lui confiant « l'orientation des archives publiques sur le territoire québécois » n'en fait pas pour autant le siège social prestigieux d'antan. Ce n'est pas le déplacement des documents qui inquiète, c'est celui du centre de décision, s'il en reste un.

Il faut bien se rendre à l'évidence : les Archives nationales du Québec n'existent plus, elles n'ont plus de personnalité. Elles sont devenues une Direction générale des archives, au même niveau que les autres directions de gestion interne (administration et technologies de l'information). L'organigramme en date du 5 novembre 2007 nous laisse même croire que ses fonctions de conservation et de diffusion en ont été extirpées! Et ne cherchez pas sur le site WEB les textes des allocutions du conservateur et directeur général, il n'y en a que pour le capitaine!

Et si on faisait un peu d'histoire : saviez-vous que les Archives nationales du Québec n'ont pas d'histoire? L'historique de l'institution, bien caché dans la cale de la page d'accueil du site WEB, ne débute en 1967, année de création de la Bibliothèque nationale du Québec (BNQ). Pierre-Georges Roy, premier archiviste du Québec en 1920 : jamais existé. La Loi sur les archives en 1983 : certainement un malencontreux oubli de la part du patron du webmestre! Cependant, rien ne manque dans l'énoncé des faits marquants de l'évolution de la Bibliothèque nationale, de la Grande bibliothèque, de la fusion BNQ/ANQ.

Consultons le rapport annuel 2006-2007, lui aussi en ligne : 6 pages sur 110 relatent les activités liées aux archives. Ne cherchez pas les rapports annuels des Archives nationales du Québec produits avant la fusion de 2004 : ils ne sont pas disponibles. Ceux de la Bibliothèque nationale, en partie oui. À moins que le tout soit perdu dans la complexité du site WEB. Définitivement, il n'y en a que pour la fonction « bibliothèque ». Vous me direz que ce sont des détails, des perceptions. Je vous dirai que les documents, les archives, parlent par elles-mêmes.

Comment en sommes-nous venus là? Comment l'association professionnelle qui regroupe les archivistes du Québec a-t-elle pu se laisser monter un tel bateau? Et les autres historiens, clients des archives, sources premières de leurs contributions sociétales, ont-ils perdu leur voix? Aucune nation qui se respecte n'aurait accepté une telle rétrogradation. Mais il faut croire qu'au Québec on s'est laissé influencer par le gouvernement fédéral. Le Canada, cette nation fière d'habiter le «plusse meilleur pays du monde», a aussi fondu ses Archives nationales à sa Bibliothèque nationale mais pour un motif idéologique : créer une grande institution qui ferait du nation building, au service de la propagande en faveur de l'unité nationale. Québec l'a imité, mû par son obsession de réduction de la taille de l'État. De tels exemples ne pullulent pas dans la communauté archivistique internationale qui est généralement jalouse de la place qu'elle occupe dans la préservation et la diffusion de la mémoire collective.

De 1976 à 1984, j'ai apporté avec mes collègues de l'époque, ma mince et dévouée contribution professionnelle au rayonnement national et international des Archives nationales du Québec. Aujourd'hui, je m'inquiète pour l'avenir. Comme plusieurs, j'ai bien voulu croire que la constitution de la nouvelle société d'état allait permettre enfin aux ANQ de se développer et d'assumer pleinement sa mission et à s'imposer en tant qu'institution nationale au sein de la Francophonie. Aujourd'hui, j'en doute.

Le 400e anniversaire de Québec était une belle occasion pour la direction de BAnQ de démontrer la justesse de la décision gouvernementale de fusionner les deux institutions en prenant le leadership de l'organisation, à Québec, au cœur de la fête, d'une méga-exposition multimédia sur Champlain et son temps. Elle aurait pu impliquer les grandes institutions muséales et archivistiques et les historiens d'ici et de la France pour faire en sorte que Québécois de toutes origines et nouveaux arrivants soient sensibilisés à l'unicité de l'événement : l'installation du premier établissement permanent francophone en Amérique qui fait de nous tous des Québécois. Car le 400e, c'est plus que des spectacles et des tournois de hockey. C'est la célébration de la naissance d'une nation!

Le rendez-vous est manqué. Mais le malaise demeure. Il est à souhaiter que d'autres voix osent apporter leur grain de sel, si petit soit-il, critique et malgré tout constructif afin de redonner aux Archives nationales du Québec la place qu'elles doivent occuper et le rôle qu'elles doivent jouer en tant que Mémoire des Québécois, au sein ou non de BAnQ.

Contexte : la fusion de la Bibliohèque nationale du Québec et des Archives nationales du Québec

lundi 7 janvier 2008

Un déplacement qui inquiète!

Quoiqu'en dise la PDG de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BANQ), avant 2004, les conservateurs en chef et adjoint chargé de « l'action régionale » avaient leurs bureaux permanents à Québec. Aujourd'hui, les titulaires demeurant à Montréal et n'étant à Québec que quelques jours semaine, il est difficile de ne pas réagir à l’affirmation que « la direction des Archives nationales n'a pas bougé de Québec».

Que la mission du Centre d'archives de Québec relégué à un simple centre régional ait été renforcée n'en fait pas pour autant le siège social prestigieux d'antan : La Maison  des Archives. Le déplacement du centre de décision vers Montréal, s'il en reste un, inquiète. Bien plus, les ANQ n'existent plus, elles n'ont plus de personnalité. Elles sont devenues une direction générale, au même niveau que celles de la gestion interne. Et muette : ne cherchez pas sur Internet les textes des allocutions du conservateur des archives, il n’y en a que pour la présidente-directrice générale!

Même l’histoire de l’institution ne débute qu’en 1967, année de création de la BNQ. Pierre-Georges Roy, premier archiviste du Québec en 1920 : jamais existé. La Loi sur les archives de 1983 : un malencontreux oubli du webmestre! Il n'y a que pour la Bibliothèque nationale et la Grande Bibliothèque. Dans le rapport annuel 2006-2007, à peine 6 pages sur 11O relatent les activités liées aux archives. Impossible de consulter ceux des ANQ d'avant 2004. Les archives électroniques de l’institution parlent par elles-mêmes.

Comment en sommes-nous venus là? Comment la profession a-t-elle pu se laisser monter un tel bateau? Et les historiens, clients des archives, sources premières de leurs contributions sociétales, ont-ils perdu leur voix? Aucune nation qui se respecte n'aurait accepté une telle rétrogradation. Le Canada a fondu ses Archives à sa Bibliothèque

Nationale pour un motif idéologique; créer une grande institution qui ferait du nation building au service de la propagande favorisant l'unité nationale. Québec l'a imité, mû par son obsession de réduire la taille de l'État.

De 1976 à 1984, j’ai apporté, avec mes collègues de l'époque, ma mince et dévouée contribution professionnelle au rayonnement national et international des ANQ. En 2004, j'ai bien voulu croire que la fusion permettrait aux ANQ de mieux se développer, d’assumer pleinement leur mission et de s'imposer au sein de la Francophonie. Aujourd'hui, j'en doute et m'en inquiète.

Le 400e de Québec était une belle occasion pour BANQ de démontrer la justesse de la décision gouvernementale en prenant le leadership de l'organisation, à Québec, d'une méga exposition sur Champlain et son temps : sensibiliser les Québécois de toutes origines à l'installation du premier établissement permanent francophone en Amérique. Car le 400e, c'est plus que des spectacles et des tournois de hockey. C'est la célébration de la naissance d'une nation! C'est à Québec que ça se passe et qu'on doit y venir célébrer!

BANQ a manqué le rendez-vous.

Contexte : Mini-débat sur la fusion des ANQ avec la BNQ et la présence de BANQ à Québec
Opinion publiée dans le journal Le Soleil de Québec