Le
message de bienvenue de l’artiste Luc Archambault adressé à Sir Paul McCartney,
diffusé via Internet le 15 juillet 2008, édité, imprimé en 3000 exemplaires et
exposé sous forme d’affiche 2 jours plus tard, est devenu, bien malgré lui, un
document important dans l’histoire des Fêtes du 400e et dans celle de la ville
de Québec. Il est en soi document historique et on commence à peine à prendre
la mesure de la dérive médiatique qui nous a toutes et tous tétanisé. Une
humble action citoyenne, initiée par un artiste québécois appuyée par 27
cosignataires, s’adressant très respectueusement à un grand artiste britannique
en lui souhaitant la plus cordiale des bienvenues pour « célébrer à Québec, le
20 juillet 2008, le 400e anniversaire de Fondation de la Ville de Québec par
Samuel de Champlain », a été transformée contre toute attente en « mouvement
d’opposition ».
Qu’en
était-il du message ? Ce texte long, trop long dans cet univers de
l’immédiateté qui est le nôtre, rédigé dans une langue française exemplaire,
références bibliographiques à l’appui, n’a toujours pas été publié par les
médias qui auraient dû le faire selon les critères journalistiques de
l’équilibre nécessaire dans la présentation de la nouvelle.
Luc
Archambault y invoque d’abord la « classe à part » des Beatles qui ont « marqué
et transfiguré le 20e siècle partout en Occident », y compris au Québec.
Ensuite, il tente de sensibiliser Paul McCartney au contexte de sa visite à
Québec, capitale nationale « du Québec français, des Québécois, toutes origines
confondues ». Il rappelle quelques faits historiques non contestables :
l’épisode de la conquête de la Nouvelle-France par les Britanniques en 1759,
son abandon par la France en 1763, la « répression sanglante de la Rébellion
des Patriotes » en 1837-1838, la « non-reconnaissance du peuple souverain du
Québec » dans l’Acte qui fonde l’État du Canada, la volonté de près de la
moitié des Québécois [qui] ont voté « en faveur d’un État du Québec souverain »
lors du référendum de 1995.
Il attire
l’attention de l’idole, sur le fait qu’en 2008, l’État canadien, fondé en 1867,
« vient de vieillir de 259 ans par la voix de son premier ministre qui prétend
officiellement – de manière absurde – qu’il a été fondé en 1608 par Samuel de
Champlain » et que « selon les organisateurs du 400e [Paul McCartney a été
invité] pour faire de la place aux deux peuples fondateurs, la France et le
Royaume-Uni. Ces deux peuples sont fondateurs… de quoi ? Certainement pas de la
ville de Québec ».
Soit dit
en passant, Parcs Canada – Redoute du Cap Diamant de la Citadelle de Québec,
fait une nette distinction entre les gouverneurs de la Nouvelle-France
(1608-1763), ceux de l’Amérique britannique (1763-1867) et ceux du Canada (de
1867 à nos jours). De plus, la Société du 400e affirme, avec la publication
d’une pièce commémorative, que Champlain est le « fondateur de la
Nouvelle-France qui deviendra plus tard la ville de Québec » !!!
Le texte
se poursuit sur un questionnement portant sur la musique, en tant que « langage
universel » et sur la langue des paroles qui s’y rattachent, en l’occurrence «
anglaises, et de langue anglaise », Luc Archambault attire l’attention de
l’artiste britannique sur la fragilité de la langue française au Québec, entre
autres dans le domaine de la chanson. Seuls « des quotas radiophoniques […]
nous ont permis de résister à l’assaut de la musique anglo-saxonne depuis les
30 dernières années », affirme-t-il. Sans ces quotas, notre musique québécoise
« n’aurait jamais pu survivre, prospérer, devenir ce qu’elle est devenue, de la
Bolduc à Céline Dion… »
Luc
Archambault souligne aussi le peu de place accordée, jusqu’à maintenant, dans
les festivités du 400e à « nos grands de la chanson engagée du Québec », les
Leclerc, Vigneault et Charlebois.
Le texte
se termine sur un rêve de l’auteur : l’intégration utopique par Paul McCartney
du célèbre Les gens de mon pays, comme un « bref clin d’œil au fait français de
nos célébrations ». Et il ajoute : « Peut-être pourriez-vous trouver quelque
chose qui nous permette de comprendre que vous ne viendrez pas ici participer à
la célébration canadienne de la conquête musicale anglo-saxonne, langage
universel devenu, mais bien comme un invité de marque, sensible à nos préoccupations
et au combat qui sont les nôtres, à savoir : exister, dans le concert des
nations. […] Cela, pour que ne disparaisse pas avec nous une partie de la
diversité culturelle de l’humanité ».
Enfin, à
deux reprises, Luc Archambault souhaite encore « la bienvenue à un invité
manifestement sensible à la difficulté d’être qui est la nôtre » et « à la
difficulté de défendre démocratiquement » des principes légitimes.
Et
l’auteur de signer « En tout respect, Luc Archambault, Peintre, sculpteur,
performeur, céramiste et citoyen québécois, d’origine française ».
Ce mot de
bienvenue est aussi accompagné d’un bouquet de fleurs : quoi de mieux pour
souhaiter la bienvenue à un visiteur estimé que de lui offrir un bouquet des
400 plus belles fleurs de lys qui ornent les édifices et le mobilier urbain de
la vieille ville de Québec, un des secrets les mieux gardés de la capitale !
Après
avoir vu la facture du concert de Paul McCartney, le message aurait-il touché
l’ex-Beatle à tel point qu’il n’aura pas fait côtoyer le drapeau britannique
avec celui du Québec comme il l’avait fait à Kiev avec le drapeau national
d’Ukraine ? Poser la question, c’est y répondre. D’ailleurs, comment se fait-il
que la photo de cette scène n’a, à notre connaissance, toujours pas été publiée
par aucun média ?
Bien sûr,
ce texte est engagé, mais il est résolument non-partisan. Il est accueillant,
respectueux, ouvert sur le monde, on ne peut en avoir honte et il ne fait honte
à personne. Il aurait mérité d’être publié intégralement dans les médias pour
éviter de lui faire dire ce qu’il ne disait pas. Personnellement, je n’aurais
jamais accepté de lui associer une miniature de la fresque des 400 fleurs de
lys que j’avais conçue pour souligner le 400e anniversaire de la fondation de
Québec ni d’éditer l’affiche qui pérennise ce message d’accueil d’un artiste
connu de la région de Québec s’il n’en avait été ainsi.
Cette
affiche est un document d’histoire. Un exemplaire du tirage limité de celle-ci
signée et dédicacée de la main des auteurs du texte et de la fresque qui n’a pu
être remise à Paul McCartney, devrait, me semble-t-il, être conservé en
permanence dans es archives de la ville de Québec afin d’effacer à jamais les
traces du détournement de message dont nous avons tous été victimes, dont son
auteur, lui plus que les autres, par les insultes dont on l’a abreuvé
inconsidérément et à tort. Cela, parce qu’on n’a pas pris la peine de vérifier
ses sources journalistiques à la base de cette dérive médiatique sans
précédent.
Cela,
afin que tous les Québécois puissent dire « Je me souviens ». Je me souviens
que trop peu de gens, médusés par la tornade médiatique, ont posé un geste pour
contrer ce formidable et inconsidéré emportement médiatique et politique qui a
eu des répercussions partout dans le monde. Pour qu’on se souvienne que nous
n’avons pas su réagir à temps afin que cet incroyable unanimisme ne survienne
pas. Pour que toutes et tous puissent se souvenir qu’un jour nous nous sommes
collectivement engagés à tout faire pour que cela ne survienne plus jamais.
Cela commence par faire le bilan qui s’impose, j’y contribue ici, me
semble-t-il. En juillet 2008, la liberté d’expression a été bafouée... Le temps
est venu de la restaurer pleinement.
Contexte
: Pseudo controverse sur la venue à Québec de Paul McCartney
Opinion
publiée sur Vigile.net
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