Alors
qu'on soulève actuellement la question de la citoyenneté, de l'adoption d'une
constitution, de la modification de la Charte québécoise, nos députés à
l'Assemblée nationale du Québec, tous partis confondus, devraient d'abord avoir
le courage politique de se lever, de déclarer solennellement et de reconnaître
que la société québécoise d'aujourd'hui est composée des 4 groupes suivants; 4
groupes de tailles différentes qui constituent la véritable souche québécoise:
Premièrement,
des Québécois d'origine principalement autochtone Ge mentionnerai toujours le
mot « principalement » compte tenu de la mixité reconnue des groupes sociaux)
qui s'est accommodé et continue de s'accommoder avec les autres groupes. Oui,
des Québécois d'origine autochtone : ils furent les premiers sédentaires à
s'installer ici et on les laisse toujours pour compte dans ces discussions sur
les accommodements.
Deuxièmement,
des Québécois d'origine principalement française, dont je fais partie, qui ont
progressivement occupé le territoire : le groupe le plus important en nombre,
celui qui a façonné la société actuelle en s'accommodant, au cours des 400
dernières années, d'abord avec les Québécois d'origine autochtone, puis avec
les autres arrivants; le groupe qui a défendu la langue que la majorité parle
aujourd'hui, qui a lutté et qui continue de lutter pour la préserver; le groupe
majoritaire qui s'est affranchi dans les années 60 du carcan religieux et qui a
progressivement défini les valeurs qu'il souhaite partager.
Troisièmement,
des Québécois d'origine principalement anglaise : ceux qui sont brutalement
arrivés ici en 1760, qui se sont imposés tant au point de vue économique que
politique, mais avec qui des accommodements mutuels ont aussi contribué au
développement culturel et social du Québec tel qu'on le connaît aujourd'hui.
Enfin,
quatrièmement, des Québécois d'origines diverses, plus variées qui, depuis le
XIXe siècle, se sont joints et qui continuent de joindre à nous, groupe avec qui
des accommodements mutuels font l'objet des discussions actuelles.
Sur la
base de cette définition, il n'y a que des Québécois dont le ciment social et
culturel doit être celui de la langue commune au Québec : le français. Le
français langue de communication unique dans toutes les institutions et dans
tous les services publics, langue de travail dans les entreprises, langue des
affaires, langue obligatoire d'enseignement, principale langue d'affichage et
d'étiquetage. Une langue à protéger et surtout à améliorer.
Et pour
les échanges internationaux, la maîtrise obligatoire de la langue anglaise et
l'encouragement des autres langues maternelles.
Des
Québécois qui, ensuite dans une constitution, une charte ou dans des principes
de citoyenneté affirment, font la promotion et défendent leurs valeurs communes
: démocratie, égalité homme-femme, liberté de parole et d'association, laïcité
totale des institutions et des services publics (à ne pas confondre avec la
laïcité de la société), liberté religieuse...
Ainsi, je
crois qu'il n'y a pas de place pour des accommodements pour quelque religion
que ce soit dans notre société, la religion catholique incluse; la liberté
religieuse est un acquis pour qui demeure ou s'installe ici. La religion et ses
manifestations n'ont aucune place dans nos institutions et nos services
publics. La religion est une affaire individuelle et privée : elle se pratique
en groupe dans des lieux de culte dédiés : la mosquée, la synagogue, le temple,
l'église... Pas à la cabane à sucre, pas à la cafétéria de l'usine, pas dans la
salle d'un conseil municipal, pas à l'Assemblée nationale.
[En
passant, si le crucifix de l'Assemblée nationale est un élément important du
patrimoine religieux québécois, qu'on le mette ne valeur au Musée de la
civilisation ou au Musée des Beaux-arts du Québec (où il a plus de chance
d'être admiré qu'à l'Assemblée nationale) et qu'on en profite pour le faire
côtoyer avec des éléments patrimoniaux issus des autres religions pratiquées
ici].
Si un
conseiller municipal, un député ou un juge a besoin de se recueillir avant de
siéger, qu'il le fasse privément.
Non à
quelque accommodement religieux que ce soit, mais oui à des accommodements
sociaux, économiques, culturels, de nature physique ou de nature intellectuelle
afin de nous enrichir mutuellement. D'ailleurs, je souhaiterais que nous du
groupe des Québécois d'origine principalement française qui sommes
majoritaires, cessions de nous comporter comme une minorité qui ne reconnaît
l'apport de l'immigration que dans un seul sens : l'immigration qui NOUS
enrichit culturellement. C'est vrai, mais NOUS AUSSI enrichissons
culturellement les nouveaux Québécois déjà arrivés et ceux qui nous
rejoindront.
Face à
l'immigration, au cours des dernières années, les pouvoirs politiques n'ont pas
pris les moyens pour informer les nouveaux arrivants sur la réalité québécoise.
On ne peut donc en vouloir à ceux et celles qui revendiquent des accommodements
jugés non acceptables. Aussi, nous devrions tous NOUS comporter avec empathie à
l'égard de ceux qui n'ont pas été adéquatement informés avant leur arrivée.
Soyons optimistes. Si nous croyons vraiment en tant que groupe majoritaire en
la défense de notre langue et de nos valeurs, laissons le temps faire son œuvre
: notre attitude d'accommodements mutuels et l'influence du quotidien sur les
prochaines générations règleront bon nombre des problèmes qui insécurisent
certains d'entre nous.
Et pour
l'avenir, il est urgent que des correctifs soient immédiatement apportés de
sorte que les règles de vie québécoises soient connues à l'avance.
Et s'il
le faut, des lois appropriées doivent officialiser les règles à respecter (les
projets sur le vote à visage découvert en sont un bel exemple). Cependant, si
la Charte canadienne et les tribunaux canadiens nous empêchent en tant que société
de définir et d'appliquer nos règles de vie commune, si nous croyons essentiel
de nous assurer d'en contrôler la définition et l'application et si la
pérennité de notre langue commune ne peut être adéquatement assurée, il nous
reste un choix : celui de « Nous les Québécois » nous doter des pouvoirs qui
incombent naturellement à un pays.
Contexte
: Commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables
Mémoire
présenté à Québec
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