Je suis un citoyen ordinaire, actuellement membre d'aucun parti politique - j'ai été membre du parti québécois à l'époque de René Lévesque. Au cours des 30 dernières années, j'ai vu évoluer la société québécoise et le parti qui s'est fait le champion de la question nationale : espoirs, promesses, déceptions, amertume ont qualifié les lendemains des années 76, 80 et 95. Le 26 mars 2006, les québécois, exacerbés, ont donné une leçon aux deux partis traditionnels : une sur l'arrogance du discours et l'autre sur la déconnection de la réalité qui transforme le Québec depuis quelques années. Comme plusieurs l'affirment depuis quelques jours, le temps est venu , pour le Parti Québécois, de se repositionner sur l'échiquier politique national dans son engagement politique, social, économique et culturel. J'ose donc ici apporter mon humble contribution à se réalignement nécessaire pour l'avenir de ce parti et celui de notre nation, puis que nous sommes maintenant ainsi reconnus par nos voisins et amis.
La nation québécoise et le
respect de ses valeurs. Dans les plus brefs délais, le Parti Québécois devrait publier un
manifeste qui définisse le concept de nation québécoise. On me permettra la
proposition suivante : la nation québécoise est une société laïque, pacifique
et pacifiste, inclusive, égalitaire et verte. Elle s'appuie sur les valeurs
politiques, sociales, économiques, culturelles et religieuses acquises et
défendues par la majorité francophone établie sur son territoire national
depuis 1608. Les immigrants qui, au cours des années, ont enrichi la société
québécoise par leur apport culturel et ceux qui s'y joindront acceptent de
respecter en public et dans leurs relations avec leurs concitoyens de toute
origine, les valeurs de la majorité. La langue commune des services publics,
celle du travail et celle des affaires est le français. Il est officiellement
reconnu que la société québécoise est composée de grands groupes: les Québécois
d'origine autochtones, les Québécois d'origine française, les Québécois
d'origine anglaise et les Québécois d'origines diverses. Fini les expressions
dévalorisantes de communautés ou de minorités ethniques ou culturelles! Tous
des québécois à part entière.
Le Parti Québécois, champion de
la démocratie. Dans
son programme et lors de la prochaine campagne électorale, le Parti Québécois
devrait s'engager à faire adopter, dès son élection et comme première loi, une
législation sur la représentation régionale (par comté) et proportionnelle, d'une
part en fonction des suffrages exprimés et d'autre part assurant la
représentativité des groupes composant la société québécoise. De plus, cette
loi devrait instituer des élections à date fixe.
Un parti social démocrate. Le Parti Québécois devrait revoir
l'ensemble de son programme politique, social, économique et culturel afin
d'offrir à la société québécoise un ensemble de lois et de services, dont des
services de santé et d'éducation, qui répondent aux besoins réels exprimés par
l'ensemble des citoyens. Il devrait proposer des solutions qui intègrent toutes
les ressources disponibles, tant publiques que privées, contrôlées et financées
par le public.
Un parti à l'écoute des citoyens
de toute origine. Afin de
s'assurer que son action politique · répondre aux préoccupations de l'ensemble
de la société québécoise, le Parti Québécois devrait modifier sa structure
interne. Au Comité national des jeunes devraient s'ajouter un Comité national
de la famille (au sens large, c'est-à-dire non limité aux jeunes familles), un
Comité national des aÎnés (qui seront de plus en plus nombreux aux cours des
prochains décennies) et un Comité national des régions. Dès son élection, un
gouvernement du Parti Québécois devrait créer, au sein de l'Assemblée
nationale, des commissions parlementaires qui auraient pour rôle d'examiner
tous les nouveaux projets de lois à la lumière des préoccupations des jeunes,
des familles, des aînés et des régions.
La langue commune vs les autres
langues parlées. Le Parti
Québécois devrait défendre et renforcer les dispositions législatives pour
protéger la langue commune et sa prédominance dans l'administration publique et
dans le paysage québécois : le français. En parallèle, il devrait adopter une
position empathique et prôner la reconnaissance, l'utilisation et la protection
de langues secondes tant dans l'affichage public que dans les échanges entre
membres d'un même groupe d'origine commune. Il devrait de plus s'engager à inclure
dans le système d'éducation national l'enseignement d'une 3e langue, au choix
des parents, après le français et l'anglais.
Un Québec vert. Le Parti Québécois devrait
proposer à la société québécoise un plan vert dans une Charte du développement
durable ainsi que des mesures et obligations qui en ferait un modèle sur la
scène internationale.
La question constitutionnelle. Depuis 1976 et jusqu'à tout dernièrement,
le projet national du Parti Québécois a toujours été perçu comme un projet négatif
de la part de ses opposants québécois et canadiens. Les expressions
souveraineté-association (avec ou sans trait d'union), indépendance,
souveraineté tout court, voire même l'expression« Québec, un pays», ont toujours
été associées aux concepts négatifs de séparation, de destruction du Canada, de
partition de territoire. On a toujours joué sur le sens des mots et, encore
tout récemment, avec l'approche autonomiste de I'ADQ.
Le Parti
Québécois devrait abandonner sa démarche actuelle et proposer une nouvelle
approche positive de la question afin de trouver une solution gagnant-gagnant à
un problème qui semble insoluble à court, moyen ou long terme : la création
d'un Espace économique canadien – EEC (au sens géographique du terme et non pas
politique) partagé par deux nations politiquement souveraines sur leurs
territoires nationaux respectifs. Une monnaie commune : la monnaie canadienne.
Un parlement Canada-Québec (un peu à l'image de Parlement européen) pour assurer
l'harmonisation des échanges économiques internes et externes dans le respect
de I'ALÉNA, de la libre circulation des biens et des personnes et de tout autre
aspect commun aux deux nations partenaires. Chaque nation émettrait évidement
ses passeports et contrôlerait ses frontières,
comme en Europe. Nous demeurerions canadiens d'un point de vue géographique et économique
et nous deviendrions enfin québécois d'un point de vue politique, social et
culturel.
Une fois
élu, un gouvernement du Parti Québécois devrait créer une Commission apolitique
ayant pour objectif de préparer une proposition concrète. Une fois cette
proposition adoptée par le Québec, une Commission itinérante apolitique de
l'Assemblée nationale devrait être créée afin de parcourir le Québec et chacune
des provinces et chacun des territoires canadiens et de rencontrer les membres de
la Chambre des communes afin d'expliquer le projet du Québec, de démontrer les
avantages pour chacune des parties impliquées et de les convaincre d'y faire adhérer
la population. La proposition devrait inclure la tenue d'un référendum
décisionnel pancanadien sur l'adoption de cet espace économique et sur la
création des deux entités politiques nationales partenaires. Le Bloc québécois
serait alors un allié incontournable et influent sur la scène fédérale.
Cette
démarche originale et positive ne pourrait qu'être saluée par l'ensemble des
nations et la reconnaissance des deux pays ne pourrait inquiéter le monde des
affaires, farouche opposant au projet national actuel.
Je
soumets ces idées afin d'alimenter les débats qui s'enclencheront bientôt au
sein du Parti Québécois. À court terme, il me semble plus important de se
concentrer sur la pertinence message plutôt que sur celle du messager. Viendra
le temps de déterminer qui peut en être le meilleur porteur de ballon. Entendu
bien sûr qu'il peut se décliner au féminin ou au masculin.
Contexte :
réflexions au sein du Parti Québécois à la suite du scrutin de mars 2006
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