Traditionnellement,
la défaite en septembre 1759 aux mains des Anglais est considérée comme un
événement négatif dans notre histoire. Bien sûr, nos ancêtres ont beaucoup
souffert à cette époque et on ne peut l’occulter. En abandonnant sa colonie
qu’elle avait entretenue pendant un siècle et demi, la France a coupé le cordon
ombilical qui aurait probablement continué de faire de nous des Français en
Amérique. Pour sa part, le Conquérant a fait l’erreur de nous laisser parler
notre langue, de nous permettre de participer politiquement en tant que
minorité à l’administration du « pays » avec les ratés qu’on connaît et de
laisser nos institutions religieuses assurer pendant plus de 200 ans notre
survie collective : promotion de la famille, éducation, développement culturel
, soins de santé... En 1855, 100 ans après la victoire de Wolfe, lors de
l’arrivée triomphale de La Capricieuse, le premier navire français à mouiller
dans le port de Québec depuis la Conquête, nous n’étions déjà plus des «
Français de France ». Une société et une culture distincte étaient déjà en
devenir. Puis, 100 ans plus tard, avec la Révolution tranquille, nous avons
amorcé progressivement la prise de contrôle sur nos activités économiques.
Force est de constater qu’avec le recul, 1759 a rendu possible, bien que nos
ancêtres ne l’ont pas eu facile, la naissance d’une société francophone
originale et de plus en plus autonome, composée maintenant et pour toujours de
québécois d’origine autochtone, française, britannique et d’une grande diversité
de pays. Dans l’ordre des choses, il ne reste plus qu’une étape à franchir :
reconquérir notre souveraineté politique. Il ne faudrait pas attendre un autre
siècle afin de boucler la boucle.
Contexte : 250 ième anniversaire de la défaite de Québec en 1759
Opinion expédiée et non publiée
