jeudi 31 janvier 2002

Ma vision d'un futur pays du Québec

Et si l'avenir du Québec devait passer par une nouvelle formation politique de gauche! Un parti social-démocrate qui, à l'article 1 de son programme, engagerait d'abord son action politique et la gestion de l'État et des services publics avec un parti pris en faveur de la classe moyenne et des groupes sociaux moins bien nantis. Un parti qui, à l'article 2 de son programme, ferait du Québec un pays à part entière, dès son élection, mettant fin à toutes les tergiversations entourant les concepts de souveraineté association (avec ou sans trait d'union), de souveraineté, de souveraineté culturelle, d'indépendance, de séparation, de sécession, de partition, ... et j'en passe des vertes et des moins mûres qu'on nous a servies depuis plus de 30 ans. Un parti qui définirait autrement le Québec, un pays.

Un pays qui serait enfin maître de ses décisions par le contrôle de ses lois et de ses moyens financiers mis au service de tous ses citoyens, en relations harmonieuses avec ses voisins (le Canada et les États-Unis) et le reste du monde. Un pays qui mettrait immédiatement en place une Zone de libre échange Canada Québec (ZLÉCQ pour les amants des acronymes) assurant la libre circulation des biens et des personnes de l'Atlantique au Pacifique, un peu à la manière européenne, avec une harmonisation de la gestion de la frontière canada-québécoise avec les États-Unis.

Un pays doté d'une constitution qui énoncerait que la société québécoise est composée des québécois d'origine autochtone, des québécois d'origine française, des québécois d'origine britannique et des québécois d'origines diverses. Un pays qui traduirait cette réalité en choisissant un nouveau drapeau plus représentatif de sa composition sociale (un peu comme celui de la ville de Montréal qui, par les symboles qui le composent, reconnaît implicitement, le rôle des communautés qui ont contribué à la naissance de la ville). Mais un pays qui enchâsserait aussi dans sa constitution la garantie de la préservation et du développement culturel de toutes ses composantes sociales. Ce qui, entre autres, devrait se traduire par des changements radicaux dans toutes les manifestations culturelles et officielles québécoises, à commencer par la Fête nationale du Québec qui devrait cesser de véhiculer une image unitaire française, blanche et « catholique » pour devenir une fête représentative de la composition pluriculturelle et pluriethnique de notre société.

Un pays dont la langue officielle, bien sûr, serait celle de la majorité, le français. Mais un pays qui se sentirait culturellement enrichi en favorisant la préservation de TOUTES les autres langues parlées sur son territoire (langues autochtones, anglaise, italienne, chinoise, ... ), leur assurant légalement lorsque requis une place concurrente (sans égard à la taille, à la couleur et à la prédominance des caractères utilisés) à la langue française dans l'affichage commercial. Un pays qui considérerait tous ces citoyens suffisamment intelligents pour repérer sur une affiche la langue avec laquelle ils sont le plus à l'aise!

Un pays qui aurait pour objectif d'ouvrir au monde l'ensemble de ses citoyens en mettant tout en œuvre pour assurer la maîtrise de la langue française mais qui modifierait ses programmes d'enseignement pour inclure obligatoirement, à partir du début du primaire jusqu'à la fin du secondaire, la maîtrise de l'anglais et de l'espagnol comme langues complémentaires. Et ce pour toutes et tous les jeunes québécoises et québécois fréquentant le réseau d'éducation tant public que privé.

Un pays qui modifierait en profondeur ses institutions administratives. Qui réserverait au sein de son Assemblée nationale un certain nombre de sièges pour des représentants élus des communautés d'origine autochtone, britannique et d'origines diverses. Une Assemblée nationale qui partagerait ses pouvoirs en transférant à des Assemblées régionales souveraines d'élus responsables, par exemple, de la gestion pleine et entière des aspects régionaux et locaux relatifs au développement de l'emploi, au soutien des personnes, des familles et des communautés, à la gestion des ressources naturelles, à la protection de l'environnement, au soutien et au développement de l'agriculture et des pêcheries, au développement culturel, au tourisme, aux services de santé, ... Une Assemblée nationale qui assumerait tous les autres pouvoirs d'intérêt national de développement et de coordination (économie, législations nationales, santé et services sociaux, éducation, culture) et international (relations internationales). Un gouvernement qui modifierait les structures administratives locales en créant des pouvoirs locaux nouveaux pour les communautés autochtones.

En fait, un pays qui rassemblerait ses forces politiques, sociales, économiques et culturelles et qui se définirait des objectifs de société démocrate (qui ne décidera plus jamais à l'encontre de la volonté de ses citoyens en inscrivant cette volonté dans sa constitution), accueillante, pacifiste, respectueuse de son environnement et empathique dans l'offre de ses services publics de santé, de services sociaux et d'éducation. Un pays dans lequel les valeurs humanistes collectives prendraient le dessus sur les conditions individuelles et contribueraient au mieux-être des Québécois de tout âge (particulièrement les jeunes et les personnes âgées), de toute condition sociale, de toute origine. Parce que ce pays, cette société et son gouvernement en auraient les moyens politiques et financiers et s'y engageraient à part entière.

À l'approche des prochaines élections, il est certain que ces propos sont plutôt surréalistes alors que le Parti québécois suggère le changement dans la continuité, le Parti libéral du Québec, la continuité du changement et l'Action démocratique le changement pour ou par le changement (en fait, on ne sait trop). Dans la conjoncture actuelle, je préfère continuer à rêver face à ce dangereux penchant vers la droite qui nous guette.

Opinion envoyée au journal Le Soleil de Québec et non publiée