Un pays
qui serait enfin maître de ses décisions par le contrôle de ses lois et de ses
moyens financiers mis au service de tous ses citoyens, en relations
harmonieuses avec ses voisins (le Canada et les États-Unis) et le reste du
monde. Un pays qui mettrait immédiatement en place une Zone de libre échange
Canada Québec (ZLÉCQ pour les amants des acronymes) assurant la libre
circulation des biens et des personnes de l'Atlantique au Pacifique, un peu à
la manière européenne, avec une harmonisation de la gestion de la frontière
canada-québécoise avec les États-Unis.
Un pays
doté d'une constitution qui énoncerait que la société québécoise est composée
des québécois d'origine autochtone, des québécois d'origine française, des québécois
d'origine britannique et des québécois d'origines diverses. Un pays qui traduirait
cette réalité en choisissant un nouveau drapeau plus représentatif de sa composition
sociale (un peu comme celui de la ville de Montréal qui, par les symboles qui
le composent, reconnaît implicitement, le rôle des communautés qui ont
contribué à la naissance de la ville). Mais un pays qui enchâsserait aussi dans
sa constitution la garantie de la préservation et du développement culturel de
toutes ses composantes sociales. Ce qui, entre autres, devrait se traduire par
des changements radicaux dans toutes les manifestations culturelles et
officielles québécoises, à commencer par la Fête nationale du Québec qui
devrait cesser de véhiculer une image unitaire française, blanche et «
catholique » pour devenir une fête représentative de la composition pluriculturelle
et pluriethnique de notre société.
Un pays
dont la langue officielle, bien sûr, serait celle de la majorité, le français. Mais
un pays qui se sentirait culturellement enrichi en favorisant la préservation
de TOUTES les autres langues parlées sur son territoire (langues autochtones,
anglaise, italienne, chinoise, ... ), leur assurant légalement lorsque requis
une place concurrente (sans égard à la taille, à la couleur et à la prédominance
des caractères utilisés) à la langue française dans l'affichage commercial. Un pays
qui considérerait tous ces citoyens suffisamment intelligents pour repérer sur
une affiche la langue avec laquelle ils sont le plus à l'aise!
Un pays
qui aurait pour objectif d'ouvrir au monde l'ensemble de ses citoyens en mettant
tout en œuvre pour assurer la maîtrise de la langue française mais qui modifierait
ses programmes d'enseignement pour inclure obligatoirement, à partir du début
du primaire jusqu'à la fin du secondaire, la maîtrise de l'anglais et de
l'espagnol comme langues complémentaires. Et ce pour toutes et tous les jeunes
québécoises et québécois fréquentant le réseau d'éducation tant public que
privé.
Un pays
qui modifierait en profondeur ses institutions administratives. Qui réserverait
au sein de son Assemblée nationale un certain nombre de sièges pour des représentants
élus des communautés d'origine autochtone, britannique et d'origines diverses.
Une Assemblée nationale qui partagerait ses pouvoirs en transférant à des Assemblées
régionales souveraines d'élus responsables, par exemple, de la gestion pleine
et entière des aspects régionaux et locaux relatifs au développement de
l'emploi, au soutien des personnes, des familles et des communautés, à la
gestion des ressources naturelles, à la protection de l'environnement, au
soutien et au développement de l'agriculture et des pêcheries, au développement
culturel, au tourisme, aux services de santé, ... Une Assemblée nationale qui
assumerait tous les autres pouvoirs d'intérêt national de développement et de
coordination (économie, législations nationales, santé et services sociaux,
éducation, culture) et international (relations internationales). Un
gouvernement qui modifierait les structures administratives locales en créant
des pouvoirs locaux nouveaux pour les communautés autochtones.
En fait,
un pays qui rassemblerait ses forces politiques, sociales, économiques et culturelles
et qui se définirait des objectifs de société démocrate (qui ne décidera plus jamais
à l'encontre de la volonté de ses citoyens en inscrivant cette volonté dans sa constitution),
accueillante, pacifiste, respectueuse de son environnement et empathique dans
l'offre de ses services publics de santé, de services sociaux et d'éducation.
Un pays dans lequel les valeurs humanistes collectives prendraient le dessus
sur les conditions individuelles et contribueraient au mieux-être des Québécois
de tout âge (particulièrement les jeunes et les personnes âgées), de toute
condition sociale, de toute origine. Parce que ce pays, cette société et son
gouvernement en auraient les moyens politiques et financiers et s'y
engageraient à part entière.
À
l'approche des prochaines élections, il est certain que ces propos sont plutôt surréalistes
alors que le Parti québécois suggère le changement dans la continuité, le Parti
libéral du Québec, la continuité du changement et l'Action démocratique le changement
pour ou par le changement (en fait, on ne sait trop). Dans la conjoncture actuelle,
je préfère continuer à rêver face à ce dangereux penchant vers la droite qui nous
guette.
Opinion
envoyée au journal Le Soleil de
Québec et non publiée
